Vapoteuse, eCigarette, Puff, Cigarette électronique… Mieux que la clope ?


Santé / vendredi, juillet 11th, 2025

 



Depuis un peu plus d'une quinzaine d'années maintenant, on a observé l'apparition et la démocratisation de la cigarette électronique. D'abord des modèles simples, ressemblant au début à des cigarettes conventionnelles, vendus en pharmarcie, souvent sur ordonnance, puis, quelques anénes plus tard, l'apparition de ce qu'on a appelé les "vapoteuses" ou "vapes". De formes, de couleurs différentes, avec des caractéristiques spécifiques entre les modèles et surtout, avec une très grande diversité de produits, appelés "e-liquides", tous différents en goût, arôme et en teneur en nicotine. 

Quelques chiffres (source : Santé Publique France) avant : 

- En France, en 2023, on observait, dans la population des 18-75 ans, +/- 31% de fumeurs, dont +/- 25% déclaraient fumer quotidiennement. 

- Toujours en France, la prévalence de la vapoteuse pour la même tranche d'âge est de 7,3%, dont 5,5 % quotidiennement.

- Un tabagisme légèrement plus élevé chez les hommes que chez les femmes avec respectivement 27,4 % des hommes contre 21,7% des femmes. 

D'abord, la cigarette électronique, c'est quoi ? 

La vapoteuse, telle qu'elle est appelée fréquemment aujourd'hui, c'est une sorte d'inhalateur dans lequel on injecte un e-liquide. Ce e-liquide imbibe une mèche fibreuse qui passe au travers d'une résistance pour produire une sorte de vapeur qui sera inhalée par l'utilisateur. Elle a vocation, à l'orgine, à remplacer la cigarette classique pour permettre l'arrêt du tabac de façon plus progressive. 

Parlons de e-liquide : ce sont des produits que l'on trouve en achat "libre" (majeurs uniquement) dans les tabacs, boutiques spécialisées et sites internets compétents. Ils sont composés de propylène glycol (que l'on note généralement PG) et de glycérine végétale (notée VG), ainsi que pour la grande majorité, de la nicotine. On peut retrouver dans certains e-liquides de l'eau ou de l'éthanol. Mais le nerf de la guerre, c'est surtout l'arôme. Menthol, fruit, tabac, café, cocktail... Il y a en a pour tous les goûts. 

Pour ce qui est de la nicotine : on note une valeur moyenne de 6mg/mL dans les e-liquides, en sachant que celle-ci peut aller de 0 mg/mL (pas de nicotine), jusqu'à 20 mg/mL (cadre légal). Beaucoup de vapoteurs, afin de faire correspondre au mieux à leurs attentes, vont jouer aux "petits chimistes" et créer eux-mêmes leur propre mélange pour obtenir un produit personnalisé. 

La cigarette électronique, est-ce que c'est mieux que la cigarette conventionnelle ?

Oui. C'est mieux. C'est beaucoup mieux. Mais ça veut pas non plus dire que c'est bien pour autant. En effet, l'impact sur la santé, de ce qu'on en sait pour le moment tout du moins, reste bien moindre que celui du tabagisme classique pour une raison assez évidente en premier lieu : il n'y a pas de combustion. Là où vous allumez une cigarette classique avec un briquet pour la faire brûler, ici, vous ne faites que "vaporiser" le e-liquide. Si vous surveillez bien votre résistance et que vous la changez régulièrement, l'ingestion de produits de combustion reste presque insignifiante. Mais même si l'impact est moindre, il n'est pas nul pour autant : en effet, les risques de cancer restent existants, particulièrement au niveau des cancers des voies respiratoires hautes et naso-pharyngés (source : Centre Léon Bernard de Lutte contre le Cancer, Lyon). Sans même parler de cancer, l'utilisation prolongée et/ou intensive de la vapoteuse semble être un facteur de risque de pathologies cardio-vasculaires comme les AVC, les maladies coronariennes et artérielles périphériques, de pathologies pulmonaires chroniques et de dommages pulmonaires. On retrouvera aussi une implication dans l'apparition de gengivite et de dégradation de l'hygiène bucco-dentaire.

 

Je ne fume pas, est-ce que je peux passer à la eCigarette ?

C'est fortement déconseillé : en tant que non-fumeur, l'initiation à la cigarette électronique, nicotinée ou non, vous expose encore plus aux effets sur la santé que nous avons énuméré plus haut. 

On comprend très bien cette question : la cigarette électronique s'étant démocratisée, il est premièrement très simple de s'en procurer, le nombre de boutiques spécialisées ayant augmenté de façon exponentielle. De même, il peut être tentant d'acheter une cigarette électronique comme on achèterait une boîte de chewing-gums : les goûts, les formes, etc... Tout est fait pour vous pousser à l'acheter. C'est particulièrement efficace chez les plus jeunes, avec le cas par exemple des Puffs, cigarettes électroniques non rechargeables dont le nombre de bouffées est limité. En dehors de l'incohérence écologique d'un tel produit surtout à notre époque, le design et les goûts ont été très vite plébiscités par les plus jeunes, la plupart non-fumeurs, qui ce sont donc retrouvés à acheter ces cigarettes électroniques jetables, qui pourtant étaient chargées en nicotine. 

 

Mais du coup, c'est quoi le soucis de la nicotine ?

Ah la nicotine... C'est en produit qui agit directement sur des récepteurs au niveau du cerveau (pour faire court) et qui est LA substance la plus grandement responsable de la dépendance "tabagique". Je dis bien "tabagique" entre guillemets car aujourd'hui, il existe aussi la dépendance à la vapoteuse, liée à l'absorption de nicotine. 

Le danger de la nicotine pour un non-fumeur qui se mettrait à vapoter avec de la nicotine dans son produit, c'est de se créer justement une dépendance. Plus le corps sera habitué à prendre une dose importante, plus il sera long et compliqué de s'en débarrasser. dans le cas de quelqu'un qui passe de la cigarette conventionnelle à la eCig., il maintient son apport en nicotine et remplace donc sa dépendance tabagique par celle à la vapoteuse. 

Cependant... On observe un phénomène très fréquent chez l'ancien fumeur qui se met à la cigarette électronique : c'est l'utilisation intensive de sa vapoteuse. Là où cette personne fumait avant peut-être 10 cigarettes par jour, au passage à la cigarette électronique, du fait de la législation sur la consommation dans les lieux publics, du moindre impact olfactif, de la libération de l'idée de tabagisme passif, on se rend compte que cette même personne va "tirer" sur sa vapoteuse de façon presque continue, tout au long de la journée et presque partout. Bureau, canapé, terrasse... Tout y passe. Mais alors où est le soucis ?  

Le soucis principal, c'est qu'en faisant ça, cette même personne va ingérer beaucoup plus de nicotine. Et quand bien même elle est à un taux normal de nicotine dans son e-liquide, avec l'utilisation intensive, voir abusive de la vapoteuse, elle absorbera beaucoup plus de nicotine. Plus vous absorbez de nicotine, plus la dépendance est importante. Et là où on s'attendrait à ce qu'un fumeur qui essaie d'arrêter de fumer à l'aide de la vapoteuse réduise progressivement le taux de nicotine dans sa eCig., l'utilisation abusive ne permet généralement pas de réduire, voir même augmente les risques de devoir prendre des liquides avec des concentrations plus importantes. Qui dit consommation abusive avec concentration plus importante dit aussi plus de facteurs de risques de pathologies comme décrites plus haut. 
De même, s'il arrive par malheur à un vapoteur intense de reprendre la cigarette, il se trouve que sa période de vapote lui a fait consommer plus de nicotine, et là où il fumait 10 cigarettes par jour, en fonction de sa dépendance à la nicotine, soit il fumera plus de 10 cigarettes par jours, soit il fumera ses 10 cigarettes mais il continuera aussi à vapoter, l'exposant non seulement aux risques liés au tabac mais aussi à ceux liés à la vapoteuse. 

Un cercle vicieux dans lequel il est judicieux d'éviter de tomber. 

De même, il faut savoir que la nicotine est hautement toxique pour les enfants, ainsi l'ingestion accidentelle ou non de nicotine peut-être dangereuse voir fatale. Il est donc important que ces produits sont maintenus hors de portée des enfants.

Alors, c'est quoi la bonne utilisation de la cigarette électronique ?

A mon avis, déjà, la eCig ne doit être utilisée que par des fumeurs qui essaient d'arrêter. 
Le suivi par un tabacologue ou addictologue peut être une très bonne chose : c'est ce qui permettra au patient de savoir le nombre de bouffées qu'il peut prendre par jour, ainsi que le taux de nicotine qui lui correspond le mieux afin, justement de ne pas lui faire courir le risque d'augmenter sa dépendance à la nicotine. 
Puis, petit à petit, toujours suivi par un spécialiste, réduire petit à petit le taux de nicotine pour tomber, au bout d'un certain temps, variable selon chacun, à 0 mg/mL. A ce moment-là, la seule addiction qu'il reste sera le geste que vous devez vous habituer à perdre petit à petit alors que votre vapoteuse est à 0 mg/mL de nicotine. 

C'est l'utilisation préconisées pour ce genre d'outil qui doit, si l'on souhaite qu'il ne représente pas de risque pour la santé, être considéré comme une béquille pour arrêter le tabac plutôt que d'un "substitut moins nocif". 

Quelques petits chiffres pour finir : 

  • Des sites internet permettent de faire le calcul de ce qu'il vous faut en nicotine : pour un "petit fumeur" (- de 10 cig/jour), avec un produit à 2mg/mL de nicotine, on estime qu'il faudrait qu'il tire au maximum 150 fois sur sa cigarette électronique par jour. 
  • Pour un "fumeur moyen", qui fume entre 10 et 19 cigarettes par jour, avec un liquide compris entre 4 et 11 mg/mL de nicotine, il peut tirer jusqu'à 300 fois maximum sur sa vapoteuse.
  • Enfin, pour un "gros fumeur", qui fume 20 cigarettes par jour ou plus, son e-liquide doit être concentré entre 11 et 18 mg/mL de nicotine, avec plus de 300 bouffées par jour. 
  • On estime qu'une cigarette, ça équivaut à environ 15 bouffées de vapoteuse. 

Si vous souhaitez faire une utilisation correcte de la vapoteuse, le mieux est de ne l'utiliser que comme si c'était une cigarette. Mêmes endroits, même temps, 15 bouffées. Il s'agit de remplacer d'abord la cigarette par la vapote, puis de réduire la nicotine progressivement, sans augmenter la fréquence, puis enfin de réduire la fréquence une fois arrivé à 0 mg/mL de nicotine. 

 

La chose la plus importante étant la volonté dans ce genre de situation, toutes les occasions sont bonnes pour arrêter de fumer. Faites-vous aider et n'hésitez pas à consulter le 3989 Tabac Info Service pour obtenir de l'aide et des conseils. Aucun avis ne remplacera celui d'un médecin spécialiste, aussi, pensez à consulter votre médecin traitant pour être orienté !